Alors voilà la Chapitre 1 ! Ça fait longtemps que je l'ai écrit, mais ce n'est que maintenant que je le poste ... ><
Bonne lecture ! :D
Chapitre
1 : Adieu Sweet Amoris
_
Mais puisque je vous dis que j'ai besoin de cette manivelle,
maintenant !
...
"Le grenier de la dernière chance " ... Petite boutique
qui regorge d'innombrables choses disparues depuis longtemps de la
circulation.
Une
jeune fille de 17 ans était accoudée au comptoir et s'impatientait.
Elle tapait du pied nerveusement, ruminait et lançait des regards
accusateurs vers la personne en face d'elle. Le vendeur, un vieil
homme d'une soixantaine d'années, aux cheveux grisonnants et à
petite taille, ne semblait pas comprendre la motivation de sa
cliente. Il lui expliqua encore une fois que la pièce qu'elle
demandait était introuvable. La jeune fille leva les mains au ciel,
et pendant qu'elle s'indignait, son regard se posait sur tout ce que
dont regorgeait la pièce.
Des
étagères poussiéreuses, contenant divers objets qui, aujourd'hui,
ne sont plus en vente. Des murs tapissés d'innombrables horloges et
pendules, toutes plus vieilles les unes que les autres. A chacun des
coins de la pièce, plusieurs tables où trônaient encore diverses
choses inconnues de la plupart des citoyens, ou du moins, oubliées.
Plusieurs cartons posés à même le sol, débordant de toutes sortes
d'objets. Une brouette par-ci, une poupée par là. Un rasoir soit
disant gaulois, une pièce polie par le temps avec différents motifs
mystérieux. Derrière le propriétaire, on pouvait distinguer
l'arrière boutique, où se trouvaient encore des tonnes de ces
objets hétéroclites.
Une
vraie caverne d'Ali-Baba !
_
Ne me dites pas que vous n'avez pas ce que je vous demande ?! Des
personnes du monde entier viennent dans votre boutique pour trouver
l'objet rare, et vous, vous me dites que ce que moi, je veux, n'est
pas en votre possession ?!
_
Non, c'est simplement que je ne retrouve pas la manivelle que vous me
demandez, expliqua patiemment le vieil homme.
_
Ah ! Mais c'est normal dans un fatras pareil !, s'égosilla
théâtralement la jeune fille.
Tout
les deux se turent quand la petite clochette suspendue au dessus de
la porte d'entrée brisa le silence. Un homme imposant par sa taille,
entra dans la boutique. Il avait un visage carré, de petits yeux
enfoncés au fond de leurs orbites et ses lèvres étaient fines et
pincées. Plusieurs cicatrices lui barraient le visage et il laissait
derrière lui un fort parfum, mélange de savon et d'aftershave.
Il
chercha du regard quelque chose pendant un instant, puis s'approcha
du propriétaire. Quand il s'adressa à celui-ci, la jeune fille
constata, perplexe, que son expression bourrue ne lui correspondait
pas du tout.
_
Bonjour, fit-il de sa toute petite voix angélique. Je
recherche ... Hum ... une poussette pour petite fille, ainsi qu'une
poupée. Mais, datant de l'ère romaine.
_
Je vais voir ce que j'ai, répondit le vieillard apparemment
habitué à de tels clients. Je reviens tout de suite
Il
descendit de son estrade qui lui permettait de se hisser à la
hauteur de ses clients, et disparu d'un petit pas vif dans son
arrière boutique. Pendant ce temps, la jeune fille dévisageait
l'homme, dubitative. Il semblait gêné d'être pareillement scruté
et détournait sans cesse le regard. Il fut soulagé quand il vit le
vieil homme revenir les bras chargés. On ne pouvait
qu'entre-apercevoir le haut de son crâne, alors il monta les deux
marches de son escabeau. Il déposa sa trouvaille sur le comptoir et
l'homme emporta tout, paya en quatrième vitesse et repartit un grand
sourire bêta aux lèvres. La jeune fille, toujours aussi perplexe,
le regarda à travers la vitrine et le vit déposer un baiser sur la
joue de celle qu'elle supposait être sa petite fille, tout en lui
offrant les cadeaux fraîchement achetés.
Quand
elle revint sur terre, l'antiquaire la regardait un sourire en coin
et attendait. Elle le regarda quelques instants dans les yeux et
poussa un petit soupir. Puis elle tourna les talons. Ses pas
résonnaient sur le sol, dont certains carreaux manquaient. Elle
ouvrit la porte et alors qu'elle s'apprêtait à la refermer derrière
elle, le vieil homme l'interpella une dernière fois.
_Repassez
demain, je l'aurai retrouvé cette fameuse pièce, Mademoiselle !
Elle
ferma la porte avec fermeté, sans pour autant la faire claquer, et
ses longs cheveux argentés voltigèrent au grès du courant d'air
provoqué par la porte vitrée.
Elle
décida de rentrer mais avant, elle fit un tour dans un petit parc
pour oublier ses ennuis. Elle préférait nettement le chant des
oiseaux dans la chaleur du soleil qui lui caressait les épaules, que
la poussière et le bric-à-brac de ce "Grenier de la dernière
chance" !
Elle
longea le bassin aux poissons, s'amusant parfois à lancer de petits
cailloux dans l'eau. Puis elle s'assit nonchalamment sur un petit
banc en fer forgé. Elle bascula la tête en arrière, replia une
jambe sous ses fesses et s'accouda au banc. Cette histoire de pièce
introuvable l'ennuyait vraiment. Elle se rappela alors comment elle
avait trouvé cet endroit.
Elle
et son père recherchaient depuis longtemps cette clef/manivelle dans
les brocantes du monde entier. Son père lui avait appris qu'il y a
très longtemps, une mystérieuse machine avait été retrouvée dans
un champ de bruyères et avait été endommagée. Elle ne datait pas
de leur époque, tout était beaucoup trop moderne et sophistiquée !
Plusieurs pièces avaient été éparpillées aux quatre coins du
monde. Et c'étaient leurs ancêtres, qui avaient récupéré la
machine ! Depuis des décennies, cette famille n'avait eu de cesse de
chercher toutes les pièces manquantes !
Alors,
quand on leur avait annoncé qu'une certaine boutique du nom du
"Grenier de la dernière chance" pouvait certainement
résoudre leur problème, Nolwenn fut toute excitée et pleine
d'espoir ! Le lendemain, elle avait sauté dans sa voiture, avait
jeté sa valise à l'arrière et avait filé droit dans la ville où
se trouvait la fameuse boutique. Elle était prête à dépenser son
argent dans des litres d'essence et éventuellement dans des chambres
d'hôtels, pour trouver la pièce manquante !
Alors,
qu'elle ne fut pas sa déception quand l'antiquaire lui avait annoncé
qu'il avait ce qu'elle cherchait, mais qu'il ne le trouvait plus !
L'arrivée
d'un jeune homme qui s'assit à côté d'elle la tira soudainement de
ses réflexions. Il était jeune, encore sûrement étudiant et la
fixait attentivement. Elle lui fit comprendre du regard qu'elle
n'était ni intimidée, ni flattée qu'il l'aborde. Elle ne dit rien,
ne fit rien, elle attendait juste. Le garçon, quelque peu
déstabilisé par cette réaction, n'osa engager la conversation
qu'après quelques instants.
_
La place est libre au moins ?, demanda-t-il gentiment.
Elle
fut tentée de lui répondre "non". Mais elle se contenta
de ne pas répondre.
_
Tu n'est pas d'ici, je me trompe ... ?
_
Non, d'Amoris City.
Elle
regretta aussitôt. Elle en avait un peu trop dit. Lui parut
satisfait de cette réponse. Il n'hésita pas alors, à pousser un
peu plus loin la conversation.
_
Alors viens, je vais te faire visiter la ville !
Elle
haussa les sourcils. Il n'avait pas prononcé cette phrase avec un
air hautin mais plutôt par politesse. Il avait l'air gentil en fait.
Il ne la draguait pas ouvertement, ou alors il flirtait juste. Mais
elle n'avait pas envie de lui parler, elle restait préoccupée.
_
Commence à compter et à cent, ... ouvre les yeux !, lui
lança-t-elle en partant.
♣
♣ ♣ ♣ ♣ ♣ ♣ ♣
Arrivée
à l'hôtel, elle demanda une chambre. On lui donna la 75. Elle monta
l'escalier et se jeta sur son lit. Elle pensa à son père. Il
attendait cette pièce "perdue" avec beaucoup d'impatience.
Et elle aussi ! Il ne leur manquait que ça. Elle se décida alors à
l'appeler.
_
Allô ?
_Nolwenn
?
_Oui,
c'est moi Papa. Comment ça va ?
_
Très bien, très bien. Dis moi plutôt où tu en es !
On
sentait dans sa voix une pointe d'excitation.
_
Eh bien, il a apparemment notre fameuse clef/manivelle ...
_
Ah !
_
... Sauf qu'il ne la retrouve pas ...
_
Quoi ?! Oh non ... Ce n'est pas vrai ...
_Mais
ne t'inquiète pas, j'y retourne demain. Il m'a promis qu'il la
chercherait !
_
Je te fais confiance ma guerrière.
Elle
sourit. Ils continuèrent à parler, puis il lui passa sa mère et
son grand frère, Drew. Après qu'elle ait raccroché, elle alla se
laver les dents, se déshabilla et se glissa sous la couette. Elle
avait dit à son père que le brocanteur lui avait promis qu'il
retrouverait leur pièce manquante mais elle en doutait !
Elle
s'endormit, perplexe, quelques instants plus tard.
♠
♠ ♠ ♠ ♠ ♠ ♠ ♠ ♠ ♠
Le
lendemain, Nolwenn se réveilla sans aucune certitude de ce qu'elle
allait trouver au "Grenier de la dernière chance". Elle
s'habilla en vitesse, descendit et sortit de l'hôtel. Elle se rendit
directement au parking, démarra son mini van et se dirigea vers la
boutique. Elle entra d'un pas décidé et attendit le vendeur. Mais
celui-ci avait apparemment décidé de se faire désirer. Alors, elle
haussa la voix et demanda si il y avait quelqu'un.
_
J'arrive, j'arrive !, répondit une voix au fin fond de la
boutique.
La
demoiselle tapota nerveusement de ses doigts le comptoir et fit la
moue. Elle baissa les yeux au sol, tentant en vain de trouver quelque
chose pour masquer son incroyable impatience. Lorsqu'elle releva la
tête, le vieil homme était planté devant elle, derrière son
comptoir. Il lui souriait, ce qui ne faisait qu'accentuer ses rides.
Des gouttes de sueurs perlaient le long de son large front. Il
portait les mêmes vêtements que la veille, ses traits étaient
tirés et il arborait de belles cernes sous les yeux. Il semblait
avoir cherché toute la nuit sans relâche. Mais à la vue de
Nolwenn, il ne put s'empêcher de sourire.
_
Je vous attendais, dit-il tout simplement.
Nolwenn
haussa un sourcil, septique. Qu'avait donc bien pu faire ce vieil
homme ? C'est ce que se demanda la jeune fille. Puis, animé par on
ne sait quelle flamme, il descendit de son escabeau, le transporta
jusqu'à une étagère située à quelques mètres de lui et se hissa
à sa hauteur. Il attrapa, toujours sous l'œil interrogateur de
Nolwenn, une petite boite dorée et la ramena sur le comptoir.
La
jeune fille examina l'objet avec la plus grande attention. Elle était
de forme cubique et des inscriptions ainsi que des motifs étaient
gravés dessus. Elle brillait de milles feux. Ce qui justement
l'intrigua. Pourquoi, alors que tout ici n'était que poussière,
brillait-elle d'un tel éclat ? L'avait-on astiqué récemment ? Si
oui, pourquoi ? Le large sourire qui s'imposait sur le visage de
l'antiquaire lui apporta toutes les réponses. C'était lui qui avait
passé toute sa nuit à rechercher cette petite boite. C'était lui
qui l'avait nettoyé soigneusement pendant des heures. Et si il avait
fait tout ça, c'était parce que ...
Nolwenn
caressa la boite de bout des doigts et un léger picotement la
parcourut. Alors, doucement, elle souleva le couvercle. Son cœur
battit un peu plus vite et un immense sourire se dessina sur ses
lèvres. Une sorte de petite manivelle était déposée sur un
coussin en velours rouge. Tel un bijou dans son écrin. Elle prit
l'objet doré avec la plus grande délicatesse et l'examina sous
toutes les coutures. Les mêmes inscriptions que sur la boite étaient
gravées sur la manivelle. Des spirales, des arabesques.
Lorsque
elle leva les yeux sur le vieillard, son expression avait changé.
Elle ne se montrait plus impatiente, désagréable ou encore impolie.
Non, elle était maintenant excitée, enjouée et surtout, très
reconnaissante. A la vue de la jeune fille presque euphorique, le
vieil homme laissa échapper un soupir. Il était soulagé. Et contre
toute attente, Nolwenn se jeta à son cou, manquant de le faire
tomber de son estrade ! Elle était affalée sur le comptoir et
s'accrochait fortement à l'homme qui avait l'âge d'être son grand
père.
_
Oh, merci ! Merci infiniment !, dit-elle en resserrant son
étreinte.
Elle
le serrait tellement fort que le vieil homme commençait à manquer
d'air. Il poussa un petit gémissement, faisant comprendre à Nolwenn
d'arrêter. Lorsqu'elle le laissa finalement reprendre son souffle,
elle l'assaillit de remerciements.
_
Merci, merci, merci ! Je ... Je vous dois une fière chandelle !
Sincèrement, je ne croyais pas que vous réussiriez à la retrouver
cette manivelle mais maintenant ! ... Je ... Je ne sais pas quoi dire
!, balbutia-t-elle dans tous ses états.
_
Alors ne dites rien ..., lui répondit-il, un sourire aux lèvres.
Non,
vraiment ! Je serais même prête à vous aider à mettre de l'ordre
dans votre boutique !, lança t-elle en montrant du bras tout le
fouillis entassé depuis des années.
Aussitôt,
elle se ravisa. Qu'est-ce-qu'il lui avait prit de dire ça ! Elle ne
se sentait pas du tout prête à tout ranger ! Elle se mordilla la
lèvre inférieure et essaya de se rattraper.
_
Enfin ... Si c'est possible parce que je ...
_
Ce n'est pas la peine !, la coupa-t-il, heureusement, entre deux
rires. Vous n'êtes pas obligée de m'aider ! C'est normal,
vous m'aviez demandé une pièce, je l'ai cherché ! Ça ne va pas
plus loin !
La
jeune fille ouvrit grand les yeux et sourit à pleines dents. Elle se
retint de le serrer à nouveau dans ses bras ! Elle remit la
manivelle dans sa boite, ajouta un généreux supplément au prix
demandé et courut à sa voiture ! Elle démarra en trombe, récupéra
sa valise à l'hôtel, paya sa chambre et fila rejoindre son père,
le vent lui fouettant le visage.
♦
♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦
_
Nolwenn, donne-la moi s'il te plaît.
Cela
faisait maintenant cinq minutes qu'elle était rentrée. L'air
commençait à se rafraîchir. Il devait être cinq heures de l'après
midi. Elle avait roulé pendant de longues heures mais elle était
enfin arrivée.
Quand
elle avait annoncé à son père qu'elle avait cette manivelle tant
recherchée, il avait couru dans la cave et toute sa famille l'avait
rejoint.
Ils
se trouvaient maintenant tous dans l'atelier. Nolwenn sortit sa
petite boite de son sac à dos et l'ouvrit. Elle en sortit la
manivelle et la donna à son père. Celui-ci la prit délicatement,
l'examina quelques minutes puis se dirigea vers sa machine.
La
même machine qui, il y a dix, avait failli exploser. Oui, "failli",
car ils s'étaient aperçus qu'en fait la machine n'avait rien eu.
Elle était restée dans la pelouse, au fond du jardin. Renversée,
mais sans fissures ou autres. Rien. C'était comme si, encore une
fois, rien ne s'était passé. L'explosion qu'ils avaient vus n'était
qu'un effet secondaire du problème qu'ils avaient rencontré lors de
leur premier "voyage". Mais toujours est-il que la machine
n'avait rien eu à part qu'il manquait un "outil" pour la
faire fonctionner. Outil qu'était la manivelle.
Lorsque
le père l'engagea dans l'emplacement prévu à cet effet, un petit
clic se fit entendre et il tourna lentement la manivelle. Tout à
coup celle-ci changea de matière et se mit comme à fondre, pour se
souder à l'orifice. Elle ne fit plus qu'un avec. A ce moment,
Nolwenn se dit qu'ils avaient vraiment eu de la chance de trouver
cette manivelle, qui ne correspondait pas à leur époque.
Alors
la machine s'enveloppa d'un halo de lumière. Le père ordonna de
reculer, ne sachant pas trop ce qui allait se passer. La machine
commença à émettre un petit sifflement, très doux. Ce son se fit
de plus en plus mélodieux. Cela dura quelques minutes, puis s'arrêta
aussi vite que ça avait commencé. C'était le signe que leur
machine était enfin réparée. Tout fonctionnait normalement. Il ne
manquait plus qu'une seule chose ...
♥
♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥
Pendant
un mois entier, ils patientèrent. Ils attendaient le jour où les
montagnes volantes seraient de nouveau au dessus de leurs têtes. Le
jour où le Monde de la Pensée serait de nouveau accessible ! Tout
les calculs portaient à croire que cette fois serait la bonne !
Ils
n'avaient plus qu'à attendre. Alors, pendant l'espace d'un mois, la
vie reprenait son cours normal, sans cartes à étudier, sans
manivelles à rechercher.
_
Eh Drew ! Reviens là tout de suite !
Comme
tous les matins, Nolwenn et son frère se disputeraient les céréales.
La jeune fille se lancerait aux trousses de son frère, encore en
pyjama. Et lui rigolerait à s'en décrocher la mâchoire. Puis, elle
prendrait un raccourci, l'attendrait, cachée derrière un mur et lui
sauterait dessus pour rependre ce qui resterait des précieuses
céréales en poussant de grand cris !
_
BANZAÏÏÏÏ !
Puis
ils rigoleraient ensemble, l'un sur l'autre, à essayer de se
reprendre la boite convoitée.
Pendant
encore seulement un mois, ils seraient comme tous les gens normaux.
Vivant leur vie comme d'habitude, sans se soucier de montagnes
volantes. Puis, du jour au lendemain, ils quitteraient leur
train-train habituel et partiraient vivre l'aventure ... !
♣
♣ ♣ ♣ ♣ ♣ ♣ ♣
Un
rayon de soleil chatouilla le bout du nez de Nolwenn. Elle fit un
instant une grimace, puis un large sourire se dessina sur son visage.
Elle ouvrit grand les yeux et fixa le plafond, tout en souriant. Elle
avait la même impression que l'on a quand c'est notre anniversaire.
Cette petite boule au fond de l'estomac, ces petits chatouillis au
creux du ventre et ce grand sourire béa.
Elle
se leva d'un coup et bondit sur le sol. Elle dévala les escaliers et
se rendit dans la cuisine. Avant même d'arriver, elle sentait déjà
la bonne odeur des toasts. Elle ferma les yeux et se laissa guider
par les bruits familiers de vaisselle jusqu'à ses parents. Ils
étaient déjà tous assis à table à déjeuner. Ils la regardèrent,
tous un petit sourire en coin.
_
Alors, tu es prête ma guerrière ?, lui demanda son père.
Un
immense sourire fut sa seule réponse.
En
une demi-heure, ils étaient tous prêts. Habillés, coiffés, sac à
dos parés, chaussures de marches ajustées ... Ils avaient envoyé à
chaque membre de leur famille une longue lettre disant qu'ils
partaient pendant très longtemps (peut être plus longtemps qu'ils
ne le voudraient), en voyage au bout du monde et que ça serait comme
s'ils n'existaient plus. Plus de domicile fixe, plus de portables,
donc plus aucun moyen de les joindre. Ils avaient choisi de ne rien
leur dire à propos du Monde de la Pensée car ils savaient bien que
personne ne les croiraient. Bien qu'ils soient les descendants de
ceux qui avaient passé leur vie à chercher ces pièces manquantes
depuis la trouvaille de la machine inconnue dans un champ ! Mais au
fur et à mesure des siècles écoulés, ils avait cessés de croire
à des mondes flottant dans les airs. Seule la famille de Nolwenn y
croyait encore. Alors ils partaient laissant derrière eux leur passé
ennuyeux.
Ils
étaient maintenant tout les quatre dans la cave, à régler encore
quelques petites choses. Et plus le temps passait, plus ils étaient
impatients de partir. De vivre l'aventure, de se rendre dans un monde
nouveau, un monde qui flotte au dessus des nuages !
El
l'heure arriva. Enfin. Le soleil était à son zénith et frappait
fort. Comme il y a dix ans, ils transportèrent leur machine au fond
du jardin et y entrèrent, impatients. Comme il y a dix ans, le père
demanda si tout le monde était prêt et appuya sur Le bouton .
Alors, comme il y a dix ans, plus aucun son ne se fit entendre. Comme
tous aspirés par la machine. Vite, les petits ornements magiques
commencèrent à apparaître. Il y en avait de toutes les couleurs,
de toutes les formes. C'était tellement beau. Nolwenn fit
inconsciemment le même geste que la petite enfant qu'elle était
auparavant. Elle caressa du bout des doigts les figures et une vague
de bonheur l'envahit. Drew, plus prudent ne s'y risqua pas.
Puis,
tout à coup, la machine s'enveloppa d'un halo de lumière. Le même
sifflement entendu lors de l'insertion de la mystérieuse manivelle
se fit entendre. Puis toutes les parois devinrent plus blanc que
neige et donc plus moyen de voir l'extérieur. Et tout à coup,
l'espace d'un instant, ils entendirent un chant. Une voix féminine.
Un son mélodieux et reposant. La lumière se fit plus forte, au
point que tous se fermèrent les yeux. Et puis, plus rien. Ni dans la
machine, ni dans le jardin, qui est maintenant bien loin. Très loin
...
♠
♠ ♠ ♠ ♠ ♠ ♠ ♠ ♠ ♠
Lorsqu'elle
reprit conscience, Nolwenn se sentait bien. Terriblement bien. Elle
se trouvait sur quelque chose de moelleux et une odeur alléchante
lui flattait les narines. Puis, on lui chatouilla le nez. Elle poussa
d'un revers de main l'agaçante chose, toujours les yeux clos, et se
remit confortablement sur son "matelas". Mais quelques
secondes plus tard, voilà que ça la chatouillait à nouveau, mais
cette fois au mollet. Elle se gratta la jambe puis voyant que les
"démangeaisons" ne s'arrêtaient pas, elle ouvrit les
yeux. ... De petites mouches habillées ... ?!
Perplexe,
elle s'assit. Les petites "mouches" se révélèrent être
de minuscules êtres, vêtus de tissus légers et d'où sortaient de
fines et magnifiques ailes ! Leurs cheveux étaient parsemés de
fleurs et de perles, leur peau brillait à la lumière du soleil !
_
Qu'est-ce-que ... ?
Tout
ces petits êtres souriaient à la jeune fille tendrement. Certains
vinrent se poser sur ses bras et d'autre sur sa tête. Tels des
feuilles tombées de l'arbre. D'autre voletèrent autour d'elle et
elle put entendre comme un léger chuchotement.
Nolwenn
eut beau écarquiller maintes fois les yeux, ils restaient là, à
voler autour d'elle. N'y croyant pas, elle approcha sa main d'une de
ces fées et réalisa que ce n'était pas son imagination qui lui
jouait des tours.
Un
immense sourire se dessina sur son visage et ses yeux s'illuminèrent.
Elle regarda tout autour d'elle et comprit que ce qu'elle avait pris
pour un matelas n'était rien d'autre qu'une immense plaine
verdoyante ! ... Verdoyante ? Était-ce bien le bon terme ? Ça
l'aurait été si la végétation avait été verte et non ...
orangée ! Nolwenn n'en revenait pas. Un paysage magnifique s'offrait
à elle. A perte de vue, un sol moelleux dans les tons ocre ! A
quelques mètres d'elle se trouvait une forêt d'arbres plus élancés
les uns que les autres, de la même couleur ! Et une odeur ... La
jeune fille n'aurait su l'expliquer, mais il lui sembla que c'était
à la fois sucré et salé, acide et amer, sec et doux. Mais surtout
irrésistiblement agréable. Si agréable qu'elle ferma les yeux pour
mieux se laisser transporter. Il lui sembla que cette odeur parvenait
de ces arbres, plus loin. Une légère brise souffla et fit envoler
ses longs cheveux d'argents. Elle leva doucement ses bras comme pour
former un "T" et se laissa transporter. Pour ne faire plus
qu'un avec ce monde inconnu.
Lorsqu'elle
rouvrit les yeux, elle réalisa. Ils avaient réussi ... Ils y
étaient enfin parvenu ! Durant des années ils avaient calculé,
cherché, essayé d'aller dans le légendaire Monde de la Pensée !
Et maintenant, ils y étaient ! En chair et en os ! Ce monde existait
bel et bien ! Et ils foulaient son sol ! Nolwenn en avait les larmes
aux yeux. Elle rit.
_
On l'a fait ... chuchota-elle, plus pour elle que les
autres, toujours les larmes aux yeux et avec un sourire limpide.
«
On l'a fait ... On a réussi ... ! »
_
PAPA ! ON Y EST ENFIN ! cria-t-elle en se retournant,
faisant voler par la même occasion ses longs cheveux.
Elle
s'attendait à voir ses parents et son frère ébahis par l'endroit
où ils se trouvaient, ou alors allongés, dormant encore, mais elle
ne vit rien. Seule la plaine orangée, se déhanchant au rythme du
vent. Ne comprenant pas tout de suite, elle appela plusieurs fois ses
parents, puis son frère et les chercha comme elle le pouvait. Puis
au fur et à mesure qu'elle avançait, sa voix devenait de plus en
plus étouffée. Elle sentait la panique l'envahir. "Où
étaient-ils passés ?" "Que s'était-il passé ?!"
"Où avaient-ils atterri ?!"
Son
cœur commençait sérieusement à battre plus fort. Elle courut
jusqu'à dans la forêt. Elle continuait de les appeler. Elle se
heurta plusieurs fois aux branches les plus basses et manqua même de
tomber à plusieurs reprises.
_
PAPA ! MAMAN ! DREW !
Elle
continua à courir et à les appeler. Mais seul l'écho de sa voix
lui répondait. Elle dépassa encore plusieurs arbres et il lui
sembla apercevoir une petite lueur dans cette forêt aux tons
sombres. Elle courut droit devant elle et déboucha sur une
clairière.
Émerveillée,
elle ralentit un peu le pas. Tout autour d'elle se dressaient encore
les même arbres et au centre se trouvait une magnifique étendue
d'herbe rougeoyante. Dans le ciel, elle aperçut non pas un mais deux
soleils ! Elle avança doucement et s'aperçut que les petites fées
qu'elle avait rencontrées l'avaient suivie à travers la forêt.
Elles virevoltaient sans cesse autour d'elle et certaines avaient
trouvé un refuge dans sa chevelure. Mais Nolwenn n'y prêta
attention que quelques instants car elle pensait encore beaucoup trop
à la disparition de sa famille pour s'extasier. Elle continua alors
d'avancer, ne sachant plus où aller.
_
Mais où sont-ils ? Il y a eu un problème. La machine a dû nous
éparpiller chacun aux quatre coins ! Ils ne sont pas loin. Ils ne
doivent pas être loin ! ... Oui, eux aussi ils me cherchent. C'est
obligé !
Tandis
qu'elle essayait de se rassurer, la jeune fille de 17 ans commençait
à fatiguer. Comme si elle manquait d'air. Elle parcourut encore
plusieurs mètres mais sentit la fatigue monter en flèche. Elle s'en
inquiéta rapidement. Comment pouvait-elle être déjà essoufflée
alors qu'elle est une grande sportive ? Elle entendit pourtant comme
un léger bourdonnement. Mais elle se douta bien que ce n'était pas
le bruit des ailes frêles des minuscules fées. Elle s'adossa alors
à un arbre pour reprendre ses forces.
_
Je ... Je n'en peux plus ... souffla-t-elle
épuisée. Pourquoi il n'y a pas ... Pouh ! de
moyens de transport ici !
Elle
se reposa encore quelques secondes, puis continua sa route. Elle
parcourut quelques mètres et au bout d'un moment, il lui sembla
apercevoir quelque chose briller au loin. Elle fronça les sourcils
pour tenter de mieux voir mais en vain. Elle accéléra alors le pas,
et plus elle se rapprochait, plus la chose prenait forme. Un édifice.
Peu après, elle s'aperçut que c'était un funiculaire ! Un bâtiment
sphérique, sans porte et dont le toit ressemblait plus à une
coupelle. Toutes les parois étaient vitrées et quelques ornements
siégeaient en bas de chaque mur. Puis un peu plus loin derrière se
trouvait une grande machine, avec beaucoup d'engrenages cuivrés et
de longs câbles. Elle leva un peu la tête et s'aperçut avec
émerveillement que plusieurs petits funiculaires montaient et
descendaient. Elle découvrit ensuite que les longs câbles qui
transportaient les "cages vitrées", montaient haut dans le
ciel, jusqu'à traverser les nuages !
Elle
s'avança, trop heureuse d'avoir finalement trouvé son moyen de
transport. Mais à peine eut-elle fait quelques pas, qu'elle sentit
la fatigue l'envahir de nouveau mais comme doublée ! Elle s'écroula
à terre, sans plus aucune force. Ses paupières étaient lourdes.
Elle avait beau résister, elle se sentait aspirée par le sommeil.
La dernière chose qu'elle vit fut le sourire d'une des fées
toujours collée à elle, et une main d'or ...

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire